
Les Yuocmyns pratiquent une écriture primitive, à des fins utilitaires et pour des fonctions précises : comptabilité, mesure du temps, généalogie. Ils considèrent l’écriture des idées, des pensées, de l’histoire comme une erreur dangereuse qui fige le concept d’origine, lui enlevant toute vie et toute possibilité d’évolution ou d’adaptation, empêchant l’histoire de devenir légende.
Il y a là-bas des hommes qui disent avoir gravé la parole des dieux dans leurs livres. Mais la parole ne survit que dans nos cœurs, dans nos corps. Une fois gravée, telle un oiseau dans la cage, elle cesse de chanter. Tel un poisson hors de l’eau elle cesse de vivre. Ces hommes disent des mots, entendent des sons qui n’ont plus d’âge, et ils restent sourds au projet que leur murmurent les dieux, à chaque instant.